"L’Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat, parce que l’Histoire, et au-delà les sciences humaines, est menacée par la posture utilitariste dominante dans notre société, pour laquelle seul ce qui est économiquement et immédiatement rentable est légitime : le reste n’est que gaspillage de temps et de deniers publics. Dans cette situation, l’Histoire médiévale est dans une situation paradoxale puisque s’ajoute à ce déficit général de légitimité des sciences humaines un détournement généralisé du Moyen Âge à des fins variées, jouant tantôt sur le caractère irrationnel et sauvage prêté à la période, tantôt sur la valeur particulière des « racines » médiévales. Le Moyen Âge devient ainsi un réservoir de formules qui servent à persuader nos contemporains d’agir de telle ou telle manière, mais n’ont rien à voir avec une connaissance effective de l’Histoire médiévale."

J. MORSEL, L'Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat... (ouvrage téléchargeable ici).

05 août 2020

« Saint Sauveur » à la Vallée des saints (VDS) de Carnoët


Au bataillon serré des saints qualifiés par eux « celtes » ou « celtiques », les promoteurs de la VDS viennent d’ajouter un inédit « saint Sauveur », présenté par eux comme le patron des Asturies (journal Le Télégramme, 2 août 2020).

Outre que la question de la « celtitude », ou du moins de la « celticité » des Asturies ne saurait être tranchée par les seules déclarations des tenants du marketing touristique, faut-il rappeler aux promoteurs de la VDS et aux journalistes qui relaient leurs déclarations qu’il n’existe pas (encore) de « saint Sauveur » celte, celtique ou même simplement asturien ; et, qu’à l’instar du Bon Pasteur par exemple, mais avec une signification plus profonde, la formule désigne le Christ, celui dont l’impayable Mgr de Quélen, archevêque de Paris de 1821 à 1839, aurait dit : « Non seulement Jésus était fils de Dieu, mais encore il était d'excellente famille du côté de sa mère » ?

Encore une mise à côté de la plaque pour la VDS dont le comité scientifique aurait  été mieux avisé de s’interroger sur la présence du patrocinium du Sauveur en Bretagne depuis le haut Moyen Âge, en relation probable avec l’influence carolingienne, comme il se voit en particulier à l’abbaye de Redon.

André-Yves Bourgès

Printfriendly