"L’Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat, parce que l’Histoire, et au-delà les sciences humaines, est menacée par la posture utilitariste dominante dans notre société, pour laquelle seul ce qui est économiquement et immédiatement rentable est légitime : le reste n’est que gaspillage de temps et de deniers publics. Dans cette situation, l’Histoire médiévale est dans une situation paradoxale puisque s’ajoute à ce déficit général de légitimité des sciences humaines un détournement généralisé du Moyen Âge à des fins variées, jouant tantôt sur le caractère irrationnel et sauvage prêté à la période, tantôt sur la valeur particulière des « racines » médiévales. Le Moyen Âge devient ainsi un réservoir de formules qui servent à persuader nos contemporains d’agir de telle ou telle manière, mais n’ont rien à voir avec une connaissance effective de l’Histoire médiévale." J. MORSEL, L'Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat...

16 janvier 2026

Disparition de Pierre Flobert (1929-2026)

 Aux vœux que nous lui avons adressés cette année, comme d’habitude, est venue en réponse la triste nouvelle : Pierre Flobert a quitté ses chères études le 8 janvier dernier dans sa 97e année.

D’autres diront ce que le long parcours de ce savant a produit de travaux, dont le plus connu a consisté dans la révision du vénérable Gaffiot. Au sein de la petite cohorte des hagiologues qui s’intéressent à la production littéraire de la Bretagne altomédiévale, c’est bien sûr la publication en 1997 de la Vie ancienne de saint Samson de Dol, longtemps attendue, qui a suscité le plus d’intérêt : les spécialistes disposent désormais d’un texte sûr, d’une traduction précise et élégante et de commentaires approfondis et éclairants ; l’éditeur ayant proposé à cette occasion de fixer au milieu du VIIIe siècle la date de composition de cet ouvrage, – longtemps discutée, voire disputée, entre les tenants d’une datation haute (VIIe siècle) et les partisans d’une datation basse (IXe siècle), – cette datation « moyenne » a fait depuis l’objet d’un large consensus, à tout le moins pour servir de pivot à des discussions renouvelées.

D’un point de vue plus personnel, Pierre Flobert a été le rapporteur, avec François Dolbeau, de la thèse de l’École pratique des hautes études que nous avons préparée sous la direction de Jean-Loup Lemaitre. C’est de cette époque, déjà lointaine, que date l’intérêt dont Pierre Flobert a bien voulu honorer constamment nos propres travaux durant toutes ces années : de loin en loin, sans jamais faiblir cependant, cet intérêt s’est manifesté par des échanges épistolaires, mais aussi viva voce, à l’occasion de trop rares rencontres à Landévennec (lors des journées du CIRDoMoC) ou bien à Paris, par exemple lors de la sympathique cérémonie de remise d’un volume d’hommage.

Les conseils et les encouragements de ce Maître et de cet ami nous manqueront.

                                                                            (Photo: Dominique Bourgès-Gestin)

André-Yves Bourgès

Aucun commentaire:

Printfriendly