"L’Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat, parce que l’Histoire, et au-delà les sciences humaines, est menacée par la posture utilitariste dominante dans notre société, pour laquelle seul ce qui est économiquement et immédiatement rentable est légitime : le reste n’est que gaspillage de temps et de deniers publics. Dans cette situation, l’Histoire médiévale est dans une situation paradoxale puisque s’ajoute à ce déficit général de légitimité des sciences humaines un détournement généralisé du Moyen Âge à des fins variées, jouant tantôt sur le caractère irrationnel et sauvage prêté à la période, tantôt sur la valeur particulière des « racines » médiévales. Le Moyen Âge devient ainsi un réservoir de formules qui servent à persuader nos contemporains d’agir de telle ou telle manière, mais n’ont rien à voir avec une connaissance effective de l’Histoire médiévale." J. MORSEL, L'Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat...

11 août 2026

Eudon, évêque de Léon, dédicataire de la vita de saint Goëznou

 

Au nombre des points qui viennent nourrir la controverse sur la date de composition de la vita de saint Goëznou (VG), la question de l’identité du dédicataire de ce texte, l’évêque Eudon, n’a pas encore été tranchée, au moins provisoirement[1]. Nous espérons que les quelques notes ci-dessous pourront contribuer à cette issue.

 

I

 La controverse dont nous parlons[2] tient à ce que plusieurs auteurs, dont nous sommes, estiment que la date de 1019, qui figure dans l’unique copie tardive du texte de cette dédicace, doit être révisée : en effet, le scribe a manifestement hésité dans sa transcription, comme en témoignent rature et additions, ce qui est l’indice que « la leçon du manuscrit ainsi recopié devait être confuse »[3]. Il est donc loisible de proposer, sous le régime de l’hypothèse, une alternative à cette date.

Selon que l’on adopte l’une ou l’autre des deux dates principales (1099[4] ou 1199[5]) proposées pour remplacer celle de 1019, le prélat, dont l’hagiographe indique qu’il était alors dans la 24e année de son épiscopat[6], aurait donc accédé au siège épiscopal de Léon soit en 1076, soit en 1176 (en données « brutes », c’est-à-dire indépendamment du moment de l’année auquel était intervenue cette accession ainsi que du style de l’année utilisé par l’écrivain).

Or 1076 s’avère impossible en raison de la présence sur le siège de Léon à la même date d’Omnes, dont l’épiscopat a duré au moins jusqu’aux années 1081-1084[7]. Au reste, nous avons naguère montré, sur une indication donnée par Hubert Guillotel[8], que le terminus a quo de la composition de la VG ne peut être antérieur à 1135[9] ; mais notre démonstration n’a pas paru suffisamment probante aux yeux de certains critiques : nous préparons en conséquence un travail approfondi à ce sujet.

En tout état de cause, la date de 1176 s’avère, quant à elle, parfaitement compatible avec la mention d’Eudo Leonensis (« Eudon de Léon ») au nombre des prélats de la province de Tours ayant participé en 1179 au 3e concile du Latran ; prélats dont on trouve la liste dans les grandes collections conciliaires publiées aux XVIIe et XVIIIe siècles[10]. Ces travaux anciens, dont nous sommes encore largement tributaires, présentent, malgré leur érudition, un gros défaut : celui de se (re)copier les uns les autres[11], sans nécessairement remonter aux sources, indiquées le plus souvent de façon vague, ce qui, on l’imagine, ne facilite pas leur identification, dans le cas où elles existeraient encore. Conséquemment, certaines variantes signalées par les éditeurs sont invérifiables : c’est en particulier la situation du nom Gui (Guido) lequel, selon les opposants à l’hypothèse que nous proposons, serait en fait le nom véritable de l’évêque de Léon et Eudon (Eudo) une simple variante. Notre excellent collègue et ami, le regretté Gwenaël Le Duc, ardent partisan de la date de 1019, est même allé jusqu’à écrire :

Mais enfin, rien ne permet de donner la préférence à la forme Eudo sur la forme Guido, au contraire même, et pour le coup l’existence d’Eudon en 1179 devient plus problématique que celle d’Eudon en 1019 ![12]

 

Les listes des évêques présents au concile de 1179, dont nos recherches nous ont permis d’identifier les manuscrits-sources, sont au nombre de quatre :  trois d’entre elles ont été copiées sensiblement à l’époque du concile lui-même, ce qui leur donne évidemment une grande valeur ; la quatrième est une copie moderne a priori copiée sur l’une des trois autres, car le manuscrit qui la contient appartenait à la bibliothèque du même monastère, en l’occurrence celui de Saint-Victor de Paris. Peut-être a-t-il existé un plus grand nombre de manuscrits comportant de telles listes : ainsi Guillaume, archevêque de Tyr, rapporte ainsi avoir consigné dans un écrit les noms de trois cents prélats présents, écrit qu’il avait pris soin de déposer dans les archives de son église[13] ; mais nous ignorons la destinée de ce document. A l’heure actuelle, les quatre manuscrits dont nous avons parlé sont les seuls qui sont venus connaissance des spécialistes.de la question[14].

Ces manuscrits sont conservés pour trois d’entre eux à la BnF[15] : ce sont d’ailleurs des manuscrits sortis de scriptoria parisiens (Saint-Denis et Saint-Victor). Quant à celui qui se trouvait originellement dans la bibliothèque de l’abbaye prémontrée Notre-Dame et Saint Yved de Braine[-sur-Vesle], où le duo Martène-Durand, après D’Achéry, l’a vu et en a tiré la liste des Pères conciliaires de 1179[16], il semble être également en relation avec Saint-Victor[17] ; il est aujourd’hui conservé à la British Library[18]. Les quatre manuscrits ont fait l’objet d’une numérisation, qui facilite leur consultation et la vérification : c’est ainsi que la liste qui figure dans chacun d’eux mentionne exclusivement, sans équivoque et sans variante, le nom d’Eudo Leonensis, comme on peut le constater grâce aux photographies ci-après.



 


 



Ms London. British Library, Add MS 39646, f. 154r







Ms Paris, BnF, Lat. 14938, f. 265v









Ms Paris, BnF, Lat. 17656, f.162r

(Bien noter la différence de graphie entre Guido Senonensis archiepiscopus et Eudo Leonensis)














Ms Paris, BnF, lat. 14664, f. 268r

(copie moderne XVIIe-XVIIIe s.)







Mais alors, d’où vient le nom de Guido ? D’une copie de cette liste qui figurait dans les papiers de Sirmond[19] : les compilateurs ont fait confiance à ce grand érudit et n’ont pas cherché à vérifier sa propre source ; peut-être même étaient-ils dans l’impossibilité de le faire. Qui qu’il en soit, si l’on peut admettre qu’il s’agissait d’une variante, on constate cependant qu’elle est absente des manuscrits anciens conservés ; et donc, sauf à adopter une position systématique en défaveur de la mention du nom de l’évêque Eudon, soutenir que Guido puisse être la vraie forme du nom de ce prélat semble un combat quelque peu désespéré.

 

II

 Un autre argument opposé à ce qu’ « Eudon de Léon », présent au concile du Latran en 1179, puisse être le même prélat qui, selon notre hypothèse, fut le dédicataire de la VG, pose un problème de nature moins chronologique que philologique.

Dans un acte qui n’est pas daté, sinon par les bornes du « règne » de Geoffroy Plantagenêt, soit entre 1181 et 1186, un évêque de Léon, qui se désigne par l’initiale I. de son nom (ego I. Dei gratia Leonensis episcopus), mais dont nous apprenons dans la suite de l’acte qu’il s’agit d’Ivo (ego Ivo episcopus Leonensis), – arbitre un conflit entre les baillis du duc Geoffroy et les moines de Saint-Melaine au sujet de l’utilisation du four de ces derniers à Morlaix[20]. Si son authenticité n’est pas douteuse, cet acte se présente sous une forme incomplète dans le cartulaire de la vieille abbaye rennaise, s’agissant notamment de la liste des témoins : à signaler parmi ces derniers trois personnages nommés Eudo, au nombre desquels un clerc, Eudo filius Bernardi, qui apparait par ailleurs en qualité de « trésorier de Saint-Pol de Léon » (thesaurarius Sancti Pauli Leonensis) dans sept actes passés par la duchesse Constance aux années 1181-1201[21]. Quand bien même la présence de l’évêque de Léon, Eudon, au concile du Latran en 1179 est une donnée quasi-irréfragable, ainsi qu’on vient de le voir, on a objecté que son pontificat ne pouvait donc se prolonger jusqu’en 1199, à moins de supposer qu’un seul et même personnage ait pu être connu sous deux noms différents.

C’est donc sur un autre terrain que celui de la chronologie qu’il convient de se situer pour traiter cette question : c’est la raison pour laquelle nous donnons ci-dessous de longs passages d’une étude que notre regretté Maître et ami, Bernard Tanguy, celtisant, historien et onomasticien a consacrée à la question des noms d’Yves de Tréguier[22].

Tanguy effectue d’abord un état des lieux au moment où la cause du futur saint a fait l’objet d’une enquête sur sa vie et ses miracles :

Si Yvo a pu être popularisé dans la France du Nord par la grande renommée d’Yves de Chartres, évêque de la ville de 1091 à 1116, en Bretagne, celle de saint Yves ne fut pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser, à l’origine de son expansion. Il était, en effet, déjà courant de son temps, puisque le plus porté dans le Trégor, en 1330, à en juger par le procès de canonisation. Il n’est pas douteux cependant que, dans le procès, la notation Yvo masque, en nombre de cas, le nom breton Eudon, même si l’équation n’est faite qu’en trois occasions. Ainsi, un paroissien de Ploumagoar, témoin d’un miracle, est-il dit Eudo seu Yvo Bruni (p. 138), ou encore Yvo Bruni alias dictus Eudo Bruni (p. 140). De même, le château de Bois-Éon, en Lanmeur, est indifféremment appelé Silva Eudonis et Silva Yvonis (p. 211). À la même époque, on relève dans le cartulaire de Quimper, en 1328, Eudonis Britonis de Loco Marie et, en 1334, Yvonis Britonis de Loco Marie[23].

 

Puis le chercheur traque la documentation pour repérer à quelle époque pouvait remonter cette assimilation, dont il situe les premières attestations « à la fin du XIIe siècle » : après avoir évoqué le cas de l’évêque de Léon, il indique que

l’abbé de Coatmalouen, en Kerpert, est dit, en 1198, I(vo) de Cotmaloan abbas dans un acte concernant l’abbaye de Saint-Rion ; témoin, en 1202, de la fondation de Beauport, il est nommé dans l’acte qui la relate Eudo de Comalouan. De même, entre 1193 et 1201, dans un acte passé entre la duchesse Constance et l’évêque de Quimper, figure parmi les témoins un certain Eudo capellanus Sancti Tudii, qu’on peut penser être le même personnage que le magister Ivo de Sancto Tudi, témoin en 1152 de la confirmation de la fondation de l’abbaye de Locmaria par l’évêque Benoît, et qu’Ivo de Ponte, chapelain de l’église Saint-Tudi, à qui fait allusion un acte de 1224. Cité en 1266, dans un acte de l’abbaye de Beauport, un certain Eudo filius Gaufridi, est aussi, en 1269, appelé Ivo filius Gaufridi. Les deux actes précisant que Geffroy était « autrefois recteur d’Yvias », il n’est pas douteux qu’il s’agit de la même personne[24].

 

La philologie et la linguistique expliquent ce phénomène qui, on l’a vu dans l’enquête sur Yves de Kermartin, s’était prolongé jusqu’au XIVe siècle :

Bien que l’on continue d’écrire Eudon, cette graphie ne reflète pas la prononciation bretonne du temps, qui, dès le XIe siècle, était Ewđon (= Ewzon), évolution qui conduira à Eozen, forme attestée par le Catholicon, en 1464, qui indique : Euzen, g(alleg) Yvon, l(atin) Yvo,-onis. Il est important de remarquer que le correspondant français donné par Lagadeuc n’est pas Yves mais Yvon, ce que confirment les dires de dom Louis Le Pelletier, en 1716 : « ceux de ce pays qui parlent François, disent Yvon. Les Hauts Bretons Yves, comme nous… ». De fait, dans les milliers de noms cités dans l’enquête de réformation des fouages de l’évêché de Tréguier en 1427, c’est aussi, à l’exclusion d’Yves, le prénom Yvon que l’on rencontre à de très nombreux exemplaires. C’est, en effet, à Yvon, et non à Yves, qu’a été assimilé Eudon.

Cette assimilation a été rendue possible suite à l’effacement de -d-. Ce phénomène s’observe, dès le XIIIe siècle, dans les chartes de Beauport. À côté de formes conservatrices comme Ploaza, pour Plouha, ou Adenor et Azenor, on relève des formes évoluées Ploaha et Aanor, Aenor. De même, noté Plohozec, Plohedec à la fin du XIIe siècle, Plouézec, en breton Ploueg, est transcrit Plouezec, Ploozoc, Plouoc, Plouec en 1202. Cette évolution, imputable, selon certains, à l’influence du français, où le -đ- intervocalique devenu fricatif s’est effacé vers la fin du XIe siècle, ne pouvait qu’amener l’équation d’Ewon avec Yvon et, au-delà, avec Yves[25].

 

Il est donc possible, voire plausible, que le prélat qui siégeait sur le siège de Léon à l’époque qui nous intéresse, depuis 1176 environ, jusqu’en 1199 au moins se désignait lui-même sous le nom d’Ivo, tandis que ses contemporains l’appelaient Eudo, ou plus exactement écrivaient son nom Eudo. Il ne s’agit pas du seul exemple de binymie en matière onomastique et cette coexistence entre des formes plus ou moins vaguement homophones est précisément confirmée par l’acte passé aux années 1181-1186.

 

 III

Pour en terminer au moins momentanément avec notre personnage, il serait très intéressant de pouvoir connaître ses origines : outre, là encore, qu’elles apporteraient peut-être à la question de son double nom des éléments de réponse, ces informations seraient sans doute de nature à établir le profil d’un prélat dont l’activité pastorale a notamment consisté, comme c’est également le cas de son contemporain, l’évêque de Vannes Guethenoc, à (r)amener dans son diocèse de précieuses reliques destinées à nourrir la dévotion populaire, comme l’a souligné l’auteur de la VG.

Si, ayant adopté la date de 1199 pour la dédicace de l’ouvrage en question, nous sommes en conséquence amené à retenir l’année 1176, voire la fin de l’année précédente, pour les débuts de l’épiscopat d’Eudon, nous disposons alors d’un récit circonstancié des événements qui ont immédiatement précédé l’élection du prélat[26]. On doit ce récit à la plume habituellement précise, mais ici moins déliée[27]  du chroniqueur Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel :

Willielmus episcopus de Trigel humanae vitæ finem fecit, cui successit Ivo Brito, archipresbyter Turonensis. In loco etiam Haimonis, episcopi Leonensis, electus est quidam archidiaconus ejusdem ecclesiae, non canonice, sed simoniace ; et cum haberet gratiam tam cleri quam populi, non promeruit consecrationem, impediente morte Jocii archiepiscopi Turonensis, in cujus loco elegerunt Turonenses clerici decanum ipsius ecclesiæ Bartholomæum, juvenem strenuum et genere nobilem Guillaume, évêque de Tréguier, mourut, à qui succéda Ivo Brito, archiprêtre de Tours. À la place d'Hamon, évêque de Léon, un archidiacre de la même église fut élu, non canoniquement, mais de manière simoniaque ; et bien qu'il eût la faveur du clergé et du peuple, il ne put être consacré, empêché par la mort de Josse, archevêque de Tours, à la place de qui le clergé de Tours élut Barthélemy, doyen de la même église, un jeune homme actif et de noble naissance »).

 

Le récit s’interrompt sans apporter d’explications sur la façon dont le problème de la succession de l’évêque Hamon, assassiné en 1171, fut enfin réglé. Cependant, on peut constater, grâce au témoignage de Robert, que ce n’était pas encore le cas en 1174. Peut-être même la situation s’est-elle prolongée jusque fin 1175-début 1176, car de telles vacances épiscopales, longues de plusieurs années, liées aux procédures en cours, n’étaient pas rares à cette époque, plutôt en Angleterre que dans le royaume de France : la vacance du siège de Léon pourrait ainsi constituer un reflet de la position particulière de la Bretagne dominée durant toute la seconde moitié du XIIe siècle par les Plantagenets.

Une lettre adressée au métropolitain de Tours, Barthélemy, par Étienne d’Orléans, plus connu sous le nom de son siège épiscopal de Tournai, mais à l’époque abbé de Sainte-Geneviève de Paris (soit entre 1175/1176 et 1192), apporte un précieux éclairage sur la question :  soulignant les qualités morales et la formation intellectuelle du pasteur nouvellement choisi par le chapitre de Léon, – un membre du « collège » de l’Église de Paris, désigné par la seule initiale de son nom, I., – Etienne prie instamment Barthélemy de bien vouloir confirmer l’élection du prélat[28]. Au-delà de la déférence dont fait preuve le demandeur, renforcée par le recours aux formules en usage à l’époque dans le monde des lettrés dont les deux hommes faisaient partie, il apparait que le ton employé est non seulement celui d’un aîné envers son cadet, mais également celui d’un maître à l’égard de son disciple, ce qui donne à penser que la lettre a été adressée par Etienne à Barthélemy assez peu de temps après l’accession de ce dernier au siège archiépiscopal de Tours, quand il s’agissait de conseiller le nouveau prélat sur une affaire aussi délicate ; il y a de surcroît dans la demande d’Etienne un aspect pressant en accord avec le souhait de régler, dans un contexte difficile, marqué par les revendications métropolitaines de Dol et l’attitude du roi  d’Angleterre Henri II Plantegenet, une situation qui n’avait que trop duré, à savoir la longue vacance du siège de Léon depuis la mort de l’évêque Hamo: on sait combien Etienne, exécuteur en l’occurrence de la volonté des rois de France, fut impliqué, durant toute la période considérée, dans la défense de l’autorité du siège de Tours.

Par ailleurs, comment faut-il entendre la référence au « sacré et vénérable collège » (De sacro uenerabilique collegio) de l’Église de Paris, apparemment désigné aussi conventus par Etienne ? On pense naturellement au chapitre cathédral de Notre-Dame, comme l’écrit Walter Ysebaert[29]. Certes on peut noter que « Dom I. » est qualifié seulement de « prêtre » et non de chanoine, ou de tout autre titre d’une dignité capitulaire ; mais il a pu sembler superfétatoire à Etienne d’apporter de telles précisions. Quant au terme conventus, il se rapporte la communauté monastique réunie autour de l’abbé ; mais Etienne a peut-être choisi ce mot pour désigner le groupe formé par le clergé de la cathédrale de Paris, ainsi que les écoles qui en dépendaient, centre d’une vie intellectuelle et cléricale partagée, préfigurant d’une certaine manière le milieu universitaire : c’est là que l’élu de Léon avait été formé s’agissant bien sûr des connaissances du temps, mais aussi et surtout des aspects de morale. Quoi qu’il en soit, il ne nous a pas été possible d’identifier ce personnage et ses origines : un Parisien, ou un Breton « monté » à Paris pour ses études ?  La clé de l’énigme n’est peut-être pas perdue ; mais elle nous a jusqu’à présent échappé.



[1] André-Yves Bourgès, « Les évêques de Léon de la fin du XIe jusqu’au milieu du XIIIe siècle », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 150 (2022), p. 178-179, pour un dernier état de la question.

[2] Idem, Le dossier littéraire de saint Goëznou et la controverse sur la datation de la vita sancti Goeznovei, suivi en annexe de la vita de saint Ténénan, Morlaix, 2020, p. 61-101.

[3] Hubert Guillotel, « CR de l’ouvrage de Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, Paris, 1980 », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, (1981), p. 356.

[4] Jean-Paul Soubigou, « Les origines de l’abbaye de Saint-Mathieu », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 125 (1996), p. 247-261 ; idem, « Les transferts de reliques au Moyen Âge », eodem loco, 143 (2025), p. 345-365.

[5] A.-Y. Bourgès, Le dossier littéraire de saint Goëznou…, p. 149-155.

[6] Ibidem, p. 104 (texte latin) et 105 (traduction française).

[7] André Oheix, « Les évêques de Léon aux Xe et XIe siècle », Association bretonne. Comptes-rendus, procès-verbaux, mémoires, 3e série, 30 -1912), p. 249-250, qui s’appuie sur un acte publié par Paul de La Bigne-Villeneuve, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Georges de Rennes, Rennes, 1876, p. 142-143.

[8] H. Guillotel, « CR de l’ouvrage de Léon Fleuriot… », p. 356.

[9] A.-Y. Bourgès, Le dossier littéraire de saint Goëznou…, p. 91-94.

[10] Voir par exemple Luc D’Achéry, Spicilegium…, 1e édition, t. 12, Paris, 1675, p. 638-651 ; 2e édition, t. 1, Paris, 1723, p. 636-639. Philippe Labbé et Gabriel Cossart, Sacrosancta Concilia…, 1e édition, t. 10, Paris, 1671, col. 1530-1531 ; 2e édition, t. 13, Venise, col. 438-439 ; édition complétée par Dominique Mansi, Sanctorum Conciliorum nova et amplissima Collectio…, t. 22, Venise, 1778, col. 239-240 et 458-468.

[11] Gwenaël Le Duc, « La date de la vita Goeznouei », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 125 (1996), p. 276 : « Ne jugeons pas la valeur des variantes en fonction du nombre de leurs ‘’supporters’’, si je puis dire : ces éditeurs se recopient ».

[12] Ibidem, p. 277.

[13] Guillelmus Tyrensis, Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, XXI, 26 : Per idem tempus, Romae celebrata est synodus in basilica Constantiniana, qui dicitur Lateranum, trecentorum episcoporum; pontificatus domini Alexandri anno vicesimo, mense Martio, indictionis XII, quinta die mensis. Cui si quis statuta et episcoporum nomina, numerum et titulos scire desiderat, relegat scriptum quod nos ad preces sanctorum Patrum, qui eidem synodo interfuerunt, confecimus diligenter ; quod in Archivo sanctae Tyrensis Ecclesiae, inter caeteros, quos eidem contulimus Ecclesiae libros, cui jam sex annos praefuimus, jussimus collocari (« Vers le même temps, la vingtième année du pontificat d’Alexandre, au mois de mars, pendant la douzième indiction, le 5e jour du mois, se tint à Rome, dans la basilique constantinienne qui est appelée le Latran, un synode de trois cents évêques : si quelqu'un désire en connaître les décrets ainsi que les noms des évêques, leur nombre et leurs titres, qu'il relise l'écrit que nous avons composé avec soin à la demande des saints Pères qui furent présents à ce même synode ; écrit que nous avons ordonné de déposer dans les archives de la sainte Église de Tyr, parmi les autres livres que nous avons offerts à cette même Église, dont nous sommes le chef depuis déjà six ans »).

[14] Danica Summerlin, The canons of the Third Lateran Council of 1179. Their origins and reception, Cambridge, 2019, p. 135 et n. 54-55.

[15] Lat. 17656, f. 160v-162v ; lat. 14938, f. 263v-266v ; lat, 14664, f. 266r-269v.

[16]  Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, Paris, 1724, p. 25 ; Vetera Scriptorum Collectio…, t. 7, Paris, 1733, col. 77-86.

[17] D. Summerlin, The canons of the Third Lateran Council…, p. 136 et n. 59.

[18] Add. 39646, f. 152v–155r.

[19] Voir P. Labbé et G. Cossart, Sacrosancta Concilia…, 2e éd., col. 438-439 (en marge : ex schedis Sirmondi) ; D. Mansi, Sanctorum Conciliorum nova et amplissima Collectio…, col. 239 (en marge : Ex schedis Sirmondi)

[20] Chantal Reydellet, Monique Chauvin-Lechaptois et Julien Bachelier (éd.), Cartulaire de Saint-Melaine de Rennes, Suivi de 51 chartes originales, Rennes, 2015, p. 193-194 (acte n° 132).

[21] Judith Everard et Michael Jones (éd.), The Charters of duchess Constance of Brittany and her family, 1171-1221, Woodbridge, The Boydell Press, 1999, p. 59, 61, 62, 63, 66, 81, 83.

[22] Bernard Tanguy, « Les lieux de culte de saint Yves en Bretagne », Jean-Christophe Cassard et Georges Provost (dir.), Saint Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire (1303-2003), Rennes, 2004, p. 129-134

[23] Ibidem, p. 131.

[24] Ibid., p. 132

[25] Ibid.

[26] Léopold Delisle (éd.), Chronique de Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel ; suivie de divers opuscules historiques de cet auteur et de plusieurs religieux de la même abbaye, t. 2, Rouen, 1873, p. 47-48. 

[27] C’est ainsi qu’une lecture un peu rapide de la fin de ce passage a conduit Albert Le Grand à introduire dans son catalogue des évêques de Léon un prélat du nom de Barthélemy qui est présenté comme le successeur de l’évêque Hamon : voir La Vie, gestes, mort et miracles des saincts de la Bretaigne armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des évesques des neuf éveschez d'icelle, Nantes, 1637 p. 478.

[28] Walter Ysebaert, « Cinq lettres inconnues d’Étienne d’Orléans (1128-1203) », Sacris erudiri, t. 45 (2006), p. 372-373.

[29] Ibidem, p. 368.

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