"L’Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat, parce que l’Histoire, et au-delà les sciences humaines, est menacée par la posture utilitariste dominante dans notre société, pour laquelle seul ce qui est économiquement et immédiatement rentable est légitime : le reste n’est que gaspillage de temps et de deniers publics. Dans cette situation, l’Histoire médiévale est dans une situation paradoxale puisque s’ajoute à ce déficit général de légitimité des sciences humaines un détournement généralisé du Moyen Âge à des fins variées, jouant tantôt sur le caractère irrationnel et sauvage prêté à la période, tantôt sur la valeur particulière des « racines » médiévales. Le Moyen Âge devient ainsi un réservoir de formules qui servent à persuader nos contemporains d’agir de telle ou telle manière, mais n’ont rien à voir avec une connaissance effective de l’Histoire médiévale."

J. MORSEL, L'Histoire (du Moyen Âge) est un sport de combat... (ouvrage téléchargeable ici).

19 juin 2024

Le personnage d'Arthur sous la plume des hagiographes bretons continentaux et insulaires au Moyen Âge*

 Préconisant, à la suite de Patrick Boucheron[1], de se mettre en scène en tant qu’enquêteur, vous me permettrez de renoncer au nous académique au profit du je de l’égo-histoire. Les organisateurs de ces journées, que je remercie vivement, m’ont en effet donné l’opportunité, en acceptant ma proposition de communication, de (re)prendre l’étude d’un sujet que j’avais abordé, mais à la marge, dès 1997 et sur lequel je suis revenu à deux reprises, en 2005 puis 2006, avec un ultime prolongement en 2008.

 

A. Approche du « corpus hagiographique arthurien »

 

A1. La vita d’Efflam

Je m’intéressais alors à la vita d’Efflam [BHL 2664][2], la seule des deux vitae bretonnes à faire jouer un rôle véritable au personnage d’Arthur, celle, plus tardive, de Goëznou [BHL 3608-3609], composée par un prêtre du nom de Guillaume alors attaché au service du chapitre cathédral de Saint-Pol-de-Léon (Bretagne), n’offrant pour sa part qu’un résumé assez sec de l’histoire des origines bretonnes emprunté pour l’essentiel à l’Historia regum Britanniae (HRB) de Geoffroy de Monmouth[3] ; mais j’avais renoncé à l’époque à reprendre sur nouveaux frais un examen de l’ensemble du « corpus hagiographique arthurien », car cela impliquait de s’intéresser aux vitae insulaires, lesquelles n’étaient pas au cœur de mes recherches. Au reste, le relatif manque d’intérêt, à peine moins marqué que celui des hagiographes continentaux, dont les hagiographes de l’île ont fait montre à l’égard du personnage d’Arthur, ainsi que le souligne Martin Aurell[4], ne m’encourageait guère à poursuivre sur un terrain qui, pour le peu où je m’y étais aventuré, avait tendance à se dérober au fur et à mesure de mes investigations ; au passage, j’avais pu constater que le matériau documentaire concerné n’est antérieur, pour les plus anciennes vitae mentionnant Arthur, que de quelques décennies, voire de quelques années seulement, à l’époque où Geoffroy a écrit son ouvrage. Conséquence de cette relative pauvreté des sources écrites et de leur caractère tardif, le risque existait (et persiste) de procéder à leur surexploitation et à leur surinterprétation, à l’instar de ce qui s’observe depuis plus d’un siècle et demi (!) avec la controverse sur la datation de la vita de Goëznou[5].

 

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La « tradition orale » et le recours à l’ « effet de réel »

Devant de telles situations, on peut être légitimement tenté en effet de se tourner vers ce que l’on désigne comme la « tradition orale », nourrie de folklore et de mythe, d’autant plus facile à solliciter que son origine et son développement s’avèrent le plus souvent incontrôlables. Ainsi en est-il, dans la vita d’Efflam[6], du motif de la navigation sans rames et sans voile, bien connu dans la littérature médiévale occidentale[7], dont Gaël Milin s’est efforcé de montrer qu’il fut particulièrement prégnant dans le folklore et l’hagiographie celtique[8] ; motif qui a surtout procuré à l’hagiographe le moyen de renforcer l’intrigue romanesque de son récit, guère apprécié des sévères Mauristes bretons qui nous ont transmis le texte de la vita[9]. L’écrivain brosse à cette occasion le portrait sensible de la femme du saint, abandonnée par son époux la nuit même de leurs noces : Efflam a en effet quitté son Irlande natale avec quelques compagnons pour rejoindre les côtes de la Bretagne continentale, où il a débarqué à l’ouest de la Lieue de Grève, près du Grand Rocher appelé Hyrglas[10]. A son tour, Enora tente la traversée : après trois jours de mer, portée par le flot, son embarcation faite de cuir (navigium de corio) vient, au jusant, s’échouer derrière l’enceinte cyclopéenne qui ferme l’anse de la Vierge, au pied du promontoire du Yaudet (en Ploulec’h). Même si aujourd’hui les archéologues croient plutôt reconnaitre dans l’enceinte en question la structure fixe de moulins à marée[11], l’hagiographe évoque quant à lui un piège à poissons[12], sans doute parce qu’il s’agissait à l’époque de l’utilisation habituelle de cet « enclos » (claustrum).  Bel exemple d’effet de réel, qui « à la marge du texte », permet de disposer d’un point de vue inédit sur l’époque à laquelle l’ouvrage a été composé : l’effet de réel, qui lui-même contribue à l’ « effet de vraisemblance », est la caution donnée par le (ra)conteur à son public que son histoire, aussi improbable soit-elle, reflète une certaine « réalité »,  puisqu’elle se vérifie par tel trait qui amène l’auditeur ou le lecteur à se dire « c’est vrai, puisque je (re)connais cela », ou bien, « ce doit être vrai, puisque c’est ininventable ». L’effet de réel n’entrave pas la progression du récit, ni sa logique interne : il est en quelque sorte « à côté », tout en participant du discours qu’il contribue à rendre crédible pour ceux qui le reçoivent[13]. Il est ici renforcé par les questions posées à Enora au sujet de son embarcation[14] : l’étonnement du gardien des lieux atteste que les Bretons du XIe siècle ne connaissaient plus le coracle, que l’hagiographe assimile plutôt à une sorte d’outre dans laquelle la jeune femme avait été enfermée ; mais c’est surtout l’indice que le récit de cette traversée avait été trouvé par l’hagiographe dans une source plus ancienne, dont on ignore si elle contenait déjà l’épisode du combat d’Arthur contre une créature monstrueuse.

 

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L’influence des auteurs de l’Antiquité : la forme et le fond

La vita d’Efflam se caractérise par l’étalage assez complaisant du commerce que son auteur, à l’instar de nombre d’hagiographes, entretenait avec les écrivains de l’Antiquité, en l’occurrence avec des poètes tel l’incontournable Virgile, mais également Lucain et Ovide. Si le rôle que ceux-ci ont joué dans sa formation intellectuelle est connu depuis longtemps, on s’est le plus souvent contenté d’en chercher la trace dans son style[15] ; or, compte tenu qu’il déclare lui-même que le souvenir du saint s’était perdu à Plestin[16] jusqu’à ce qu’il se trouvât ravivé par l’inventio de ses reliques[17], peut-être sous le règne de Geoffroi Ier (992-1008)[18], cette influence a pu en fait s’exercer beaucoup plus en profondeur, avec des conséquences très importantes sur le processus même  de construction du personnage d’Arthur, d’autant que la vita d’Efflam, vraisemblablement composée dans la seconde moitié du XIe siècle[19], est peut-être le plus ancien de tous les textes du « corpus hagiographique arthurien ».

 

L’hagiographe raconte comment Arthur est incapable de venir à bout d’un monstre (monstrum)[20], désigné une fois par le terme serpens[21]. La tradition tardive parle le plus souvent d’un « dragon », auquel Bernard Sergent, dans une très intéressante étude de mythologie comparée, a naguère accolé le qualificatif « hédoniste »[22]. Pour ma part, mon projet était d’inscrire la vita d’Efflam, et plus particulièrement son épisode arthurien, dans une perspective d’histoire littéraire, où les motifs mythologiques, voire folkloriques, résultant souvent d’emprunts livresques, seraient avant tout considérés comme des éléments décoratifs. A un mille environ du Grand Rocher qui a depuis connu une petite célébrité littéraire[23], le monstre avait son antre dans une grotte, dont l’hagiographe va jusqu’à donner les dimensions précises[24]. Après la défection d’Arthur, c’est au saint, qui entretemps avait fait jaillir une source pour désaltérer le malheureux combattant[25], qu’il reviendra de triompher du « dragon », en le précipitant dans la mer à l’endroit où la roche fut rougie de son sang[26]. Sans doute, la grotte, la source et le rocher rouge relèvent-ils à nouveau de l’effet de réel, permettant au public de s’approprier les anecdotes correspondantes grâce à leur inscription dans le paysage.

 

En revanche, la partie du récit qui nous montre Arthur à la recherche du monstre, puis le combat farouche qui les met aux prises, présente toutes les caractéristiques d’un emprunt littéraire : elle est en effet largement tributaire du récit similaire relatif à Cadmus dans les Métamorphoses d’Ovide (III, v. 1-94), et surtout de l’affrontement entre Hercule et Cacus rapporté, après d’autres[27], par le même poète dans ses Fastes (I, v. 543-586). Outre des éléments de nature stylistique, ainsi que je l’ai dit, témoigne notamment de ces emprunts l’anecdote relative à la ruse utilisée par le « dragon » : celui-ci revient à son antre en  marchant à reculons, privant ainsi son adversaire de la possibilité de  suivre ses traces ; tel ce benêt d’Hercule avant lui, Arthur semble en l’occurrence avoir singulièrement manqué de perspicacité et en serait peut-être encore à rechercher le repaire du « dragon », si Efflam et ses compagnons, pourtant nouveaux venus sur place, ne lui avaient indiqué son emplacement[28].

 

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A2. Les autres pièces du dossier

Les textes qui, aux dires des spécialistes, forment le « corpus hagiographique arthurien »[29], sont au nombre de huit. Si deux d’entre eux donc ont été manifestement composés en Bretagne continentale (vitae d’Efflam et de Goëznou), les six autres sont indiscutablement sortis de plumes insulaires, à savoir les deux textes successivement consacrés à Cadoc [BHL 1491 et BHL 1493 d], de même que les vitae de Carantoc [BHL 1562-1563], Gildas [BHL 3542], Iltud [BHL 4268] et Patern [BHL 6480]. A noter que la vita de Gildas dont il est ici question doit être distinguée de l’ouvrage composé à l’abbaye de Rhuys dans la première moitié du XIe siècle [BHL 3541] qui ne parle pas du tout d’Arthur. Il ne saurait être question d’intégrer à ce corpus la vita de Colomba par Adomnan [BHL 1886-1887], qui mentionne un certain Artur, présenté comme un des fils du roi Aidan : en effet, la destinée du jeune prince devait tourner court, puisqu’il trouva la mort avec son frère Eochaid Find dans une bataille contre les Maeatae. Un troisième frère, Domungart, fut également tué lors d’un engagement militaire in Saxonia ; la succession du royaume revint alors à un autre fils d’Aidan, Eochaid Buide, qui paraît avoir été le protégé du saint.

 

A l’instar de celle d’Efflam, mais à l’exception de celles de Goëznou et d’Iltud, les vitae de saints qui mettent en scène Arthur présentent le personnage sous des dehors qui ne sont pas aussi brillants que les fourrures de l’HRB, pour avoir été composées avant la parution de cet ouvrage, ou, au plus tard, à l’époque de sa publication, vers 1138 : à savoir, dans la seconde moitié ou à la fin du XIe siècle en ce qui concerne la première vita de Cadoc[30], les vitae de Carantoc[31] et de Patern[32] ; ou bien, aux années 1130-1140 s’agissant du second texte relatif à Cadoc et de la vita de Gildas[33].  Pour être plus précis, la vita de Cadoc a été composée aux années 1089-1104 par Lifris de Llancarfan[34] ; elle a fait l’objet, à la génération suivante, d’une réfection par Caradoc, membre de la même communauté. Lifris pourrait avoir été également l’auteur de la vita de Carantoc[35], dont un doublon, où le héros est appelé Caradoc, était connu en Bretagne à la fin du Moyen Âge [BHL 1560]. Enfin, on peut supposer qu’il a existé une vita de Patern continentale ; mais l’essentiel de cet ouvrage a passé dans la biographie d’un saint gallois homonyme : comme dans le cas précédent, il s’agit d’un nouveau témoignage, très intéressant mais toujours controversé[36], sur les échanges littéraires entre la Bretagne continentale et la Bretagne insulaire, à l’instar des contacts entretenus par la communauté de Llancarfan avec l’abbaye de Quimperlé, ainsi que l’a montré Bernard Tanguy[37], et probablement avec celle de Rhuys[38]. La vita de Patern, dont le succédané gallois, peut-être composé à Llanbadarn par Ieuan[39], d’une famille de prélats lettrés[40], a conservé malgré tout le caractère de manifeste en faveur de l’autonomie de l’église de Vannes à l’encontre des ambitions métropolitaines de Dol, avait sans doute été composée à l’époque où l’évêque de Vannes s’était rallié à la cause tourangelle : ralliement acquis dès 1096, comme l’atteste cette année-là la présence de l’évêque du lieu, Morvan, au concile provincial de Tours, en compagnie de l’évêque de Rennes, Marbode[41]. On sait que ce texte était connu à Vannes dans les toutes premières années du XIIIe siècle[42], présence renforcée par la transcription d’extraits dans deux manuscrits bretons de la fin du XVe siècle[43].

 

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Arthur, roi, rebelle ou tyran ?

Arthur est désigné « roi » à plusieurs reprises dans les deux vitae de Cadoc, ainsi que dans la vita de Carantoc et dans celle de Gildas ; mais l’auteur de ce dernier ouvrage, Caradoc, comme il a été dit, qui parle pourtant d’Arthur comme « du roi de toute la grande Bretagne » (Arturi regis totius majoris Britanniae), le qualifie également rex rebellis et même tyrannus. L’hagiographe de Patern utilise lui-aussi tyrannus pour parler d’Arthur et, si l’auteur de la vita d’Efflam se contente pour sa part d’accoler à son nom le superlatif (fortissimus) de l’adjectif fortis, « fort » (Arturi quoque fortissimi), il connaît également le terme tyrannus, dont il se sert pour désigner un personnage anonyme qui exerçait son autorité sur la « cité » du Yaudet (tyrannus vero praefatae civitatis)[44]. La réfection de la vita de Carantoc ne fait pas mention d’Arthur ; mais, à la place, elle évoque elle aussi un tyrannus arrogant, nommé Dulcemius, dont elle rapporte la conversion lors de la mission du saint en Irlande. Le substantif tyrannus, assez répandu des deux côtés de la Manche à cette époque, pouvait servir à l’occasion pour traduire, sur la base d’une vague homophonie, le brittonique ti(g)ern, « chef, seigneur » ; mais, outre que ce dernier terme n’est absolument pas l’équivalent du mot rex, le sens de tyrannus dans le lexique celto-latin des hagiographes s’avère pour sa part très explicite, depuis l’époque où Gildas l’avait employé en ouverture de sa diatribe contre les puissants de l’île de Bretagne, en l’opposant précisément à « roi »  : Reges habet Britannia, sed tyrannos ; judices habet, sed impios ; saepe praedantes et concutientes, sed innocentes ; vindicantes et patrocinantes, sed reos et latrones (« La Bretagne a des rois, mais ce sont des tyrans ; elle a des juges, mais ce sont des impies ; ils infligent souvent amendes et condamnations, mais seulement aux innocents ; ils vengent et ils protègent, mais seulement les scélérats et les voleurs »)[45]. L’expression rex rebellis, quant à elle, doit s’entendre d’un monarque subordonné qui remet en cause sa dépendance : telle était apparemment, à l’égard du roi du Somerset, Melvas, la situation d’Arthur, dont le royaume, toujours selon l’hagiographe de Gildas, était cantonné aux seuls Devon et Cornwall, ainsi que le confirme la vita de Carantoc[46]. Cependant Melvas, s’étant rendu coupable d’avoir enlevé Gwenhwyfar (Guenièvre), c’est donc lui qui avait procuré le motif de sa rébellion à Arthur : dans l’HRB, le ravisseur n’est autre le neveu de ce dernier, Mordred, substitution destinée à ajouter un supplément de force dramatique à l’épisode. On trouve également rex rebellis dans la vita d’Iltud, mais à propos cette fois du roi Meirchyavn, surnommé Vesanus, le « furieux », ce qui n’est pas étonnant s’il s’agissait bien d’un membre de la turbulente lignée piratique des Marci Aurelii et père du fameux Commor[47] : l’expression est assez rare pour constituer un indice, – mais ce n’est pas le seul, – en faveur d’une identité d’auteur entre les deux hagiographes et proposer en conséquence de ranger la vita d’Iltud au nombre des ouvrages de Caradoc déjà mentionné. De surcroît, la tradition a longtemps attribué à ce dernier, – en raison du colophon de l’HRB, dans lequel Geoffroy lui confie le soin de prolonger son propre ouvrage, – une histoire des princes de Galles, plus tard traduite en gallois et toujours connue sous le titre de Brut y Tywysogion ; mais cette paternité au second degré a fait long feu et n’est plus défendue par la critique moderne.

 

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Portrait d’un anti-héros

Dans la vita de Patern, Arthur, pour avoir voulu voler une magnifique tunique que le saint avait ramenée de son pèlerinage à Jérusalem, subit un châtiment grotesque inspiré de la punition infligée à Dathan et Abiron ; il lui faut faire amende honorable et se placer dans la protection du saint pour sortir de cette humiliante situation. Par ailleurs, on voit Arthur, à propos de l’autel portatif de Carantoc dont il envisage de faire sa table de repas, finasser avec le saint, dont il obtient, en contrepartie du meuble sacré, d’être débarrassé de la créature monstrueuse qui ravage la contrée : l’hagiographe parle lui aussi d’un serpens à l’instar de ce qui se lit dans la vita d’Efflam ; mais, ainsi que l’a fait remarquer Ferdinand Lot en son temps, il s’agit bien cette fois-ci d’« un dragon, puisque ce serpent a des ailes (pennas) et des griffes (ungulas) »[48]. Cependant, c’est la vita de Cadoc par Lifris qui consacre cette figure d’anti-héros, capricieux, fruste et brutal, toujours prêt à laisser parler ses instincts, plein de convoitise et de rapacité : on y voit en effet, Arthur, occupé, au mépris des prescriptions de  l’Église, à jouer aux dés avec Keu et Bédoier, être brusquement envahi par le désir à la vue de la fiancée de Gundlée, Gladys, la future mère de Cadoc ; mais ses compagnons refusent de lui obéir quand il leur ordonne de s’emparer de la jeune fille et le convainquent d’apporter plutôt son aide à Gundlée. Arthur y consent sans grand enthousiasme, même si, à cette occasion, il renforce son pouvoir en plaçant son obligé sous sa tutelle.

 

Ainsi, dans les plus anciens textes hagiographiques, plusieurs anecdotes, où Arthur se trouve opposé au saint, viennent illustrer les trois caractéristiques principales de sa personnalité qui permettent aux auteurs de brosser de lui un portrait assez peu flatteur : au-delà d’un incontestable courage physique, qui s’affirme dans son goût pour les combats, le personnage est donc caractérisé par

a) son envie, qui le pousse à s’approprier certains biens appartenant au saint, c’est-à-dire à l’Église ;

b) son impuissance, malgré sa superbe, à assurer la protection des populations à l’encontre de certains fléaux, par exemple les « dragons » lesquels, en revanche, obéissent sans difficulté au saint ;

c) sa concupiscence et les difficultés qu’il éprouve à contenir ses pulsions sexuelles.

 

La première caractéristique est présente, comme il vient d’être rappelé, à la fois dans la vita de Patern et dans celle de Carantoc, où l’on voit Arthur chercher en vain à s’emparer pour son usage personnel, profane, de certains objets précieux, consacrés. La deuxième est développée dans les vitae de Carantoc et d’Efflam : dans les deux cas, notre anti-héros est contraint, malgré sa spécialité revendiquée de « chasseur de monstres », de recourir à l’intervention du saint, dont l’action s’avère plus efficace que la sienne. La dernière caractéristique figure explicitement dans la vita de Cadoc, par Lifris, où, comme il a été dit, ce sont les propres compagnons d’Arthur qui refusent d’obéir à son ordre de s’emparer de Gladys pour la lui livrer ; mais elle apparaît aussi, de manière implicite, sous la plume de l’hagiographe d’Efflam, dans l’épisode qui montre le « tyran de la cité » du Yaudet, lancé à la poursuite d’Enora avec des intentions coupables. Ce personnage, dont le nom n’est pas donné dans le texte, se voit frappé de paralysie en plein élan, au moment même où il va rattraper la jeune femme : eu égard au titre ambigu de tyrannus dont il est décoré par l’hagiographe et au ridicule qui s’attache à la punition divine dont il est frappé, à l’instar de la situation décrite dans la vita de Patern, il est tentant de l’identifier avec Arthur ; la  formulation du texte vient également au soutien de cette identification, car elle montre une parenté entre le récit du jaillissement miraculeux de la source qui permet à Arthur d’étancher sa soif et celui du miracle où l’usage de ses membres est rendu par Efflam au « tyran ». Celui-ci restitue alors au saint les biens qu’il avait injustement saisis et lui concède tous les revenus de Plestin[49] : voilà qui n’est pas sans rappeler les donations faites par Arthur à Carantoc dans la vita de ce dernier ; mais il s’agit en fait de l’application des dispositions de la réforme grégorienne, avec la restitution à l’Église de biens et de dîmes ecclésiastiques tombés entre les mains des laïcs.

 

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A3.  Un ours assez mal léché

Cette première approche du dossier, dans lequel dominent les aspects négatifs du personnage d’Arthur, rejoint le constat dressé en 1986 par le regretté Bernard Merdrignac quand ce chercheur évoquait, à propos de la vita de Patern, « le mauvais jour sous lequel apparaît généralement Arthur dans l'hagiographie » et proposait une explication de ce phénomène[50] :

« Cet Arthur, brutal et humilié [par le saint], tel qu'il est déjà apparu dans la vita Carantoci, se retrouve sous les mêmes traits dans la vita Cadoci par Lifris ou dans la vita Gildae par Caradoc de Lancarvan, que G.[eoffroy] de Monmouth invite précisément dans son épilogue – peut-être avec une pointe d'humour – à continuer pour lui son histoire. La vita Paterni semble issue de ce même milieu d'hagiographes qui ne cherchent pas à glorifier le pouvoir royal mais ont, au contraire, intérêt à l'humilier au profit des saints tutélaires de puissantes communautés monastiques » [51].

 

Ce sont ces différents éléments qui, en 2008, m’amenèrent à écrire sur le forum de l’Arbre celtique, – un de ces forums en ligne, largement ouverts, foutraques et foisonnants, au temps pas si lointain où les réseaux dits sociaux n’avaient pas entièrement capté l’attention du public, qu’ils contribuent à isoler intellectuellement par leurs bulles de filtrage, – m’amenèrent à écrire, dis-je, qu’à la lecture des quelques textes hagiographiques antérieurs à l’HRB où figure Arthur, ce dernier m’apparaissait

« définitivement comme un personnage à la Jean-Bedel Bokassa, se voulant plus romain que les Romains et plus chrétien que les ministres du Christ, passant son temps à gommer son accent breton, à lisser ses cheveux rebelles et à se draper dans la tunique rouge des patricii ».

 

Cette formule un peu osée, je le reconnais bien volontiers, suscita des réactions épidermiques, qui mettaient en évidence l’intangibilité de l’icône :

« Introduire une comparaison "définitive" avec un tyran moderne tristement célèbre pour ses actions dans le cadre de la politique post-coloniale française du XXe siècle me semble une fantaisie de mauvais goût »,

avait écrit en réponse un contributeur du même forum. Probablement mon appréciation du personnage semblait-elle à l’époque aux arthurophiles et aux arthuromanes moins politiquement correcte que celle de la série parodique Kaamelott d’Alexandre Astier ; peut-être en serait-il encore de même aujourd’hui, comparée par exemple avec la bande dessinée Furieuse, parue en 2022, qui pourtant dépeint un Arthur vieillissant, alcoolique, patriarcal et caractériel. Cependant, aussi excessif que fût mon propos, il s’inscrivait dans la continuité d’une longue galerie de portraits critiques du personnage, inaugurée, il faut le rappeler, une génération après Geoffroy, par Marie de France, Etienne de Rouen ou Chrétien de Troyes ; mais je sors ici du champ étroit de ma spécialité.

 

Pas plus aujourd’hui qu’à l’époque, je ne défendrai ma comparaison avec Bokassa sur un plan historique, puisque, de toute manière, à la différence de l’empereur centrafricain, l'historicité d'un éventuel Arthur, de même de celle des saints qu’il a croisés, est inaccessible et que son « portrait hagiographique » reflète seulement le point de vue d’auteurs médiévaux sur un Barbare de l’Antiquité tardive : ainsi, dans son encyclopédie compilée avant 1120, connue sous le titre de Liber floridus, Lambert de Saint-Omer le désigne-t-il à deux reprises comme le « chef » de ces Pictes (dux Pictorum)[52], tant craints des populations brito-romaines. En fait, j’avais simplement voulu dire, cum grano salis, que le personnage littéraire, ours assez mal léché, ainsi que l’étymologise un glossateur de l’Historia Britonum au XIIIe siècle : Artur latine translatum sonat ursum horribilem (« Arthur traduit en latin signifie ‘’ours horrible’’… »), – Arthur donc me semblait représenter assez bien, sous la plume des hagiographes, le modèle de l'ultra-colonisé, qui a gardé l'ensemble des comportements bons ou surtout moins bons du colonisateur, mêlés à ses propres habitudes ethniques, à l’instar de Commor. L’esquisse tracée rapidement s’apparentait évidemment à une caricature, volontairement anachronique et inspirée avant tout, le redis-je, par ma lecture sans doute un peu rapide des vitae de saints.

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Une « récupération » parodique

Quant à la remarque de Merdrignac sur l’humour de Geoffroy, elle me semble faire écho à une hypothèse généralement assez mal reçue, malgré l’intérêt qu’elle présente : l’auteur de l’HRB se serait emparé, pour en faire le héros « national » des Bretons, d'un personnage que la tradition, en particulier hagiographique, ne tenait pas en grande estime, car il souhaitait, en racontant une histoire largement mythifiée, tout à la fois « parodique » et « romancée »,  des rois de Bretagne, moquer les historiens « sérieux » du genre de Guillaume de Malmesbury ou Henri de Huntingdon[53]. Etaient également concernés par cette « récupération » à des fins héroïques les membres de l’entourage d’Arthur, au premier chef Keu et Bédoier. Dans l’HRB, le premier est présenté comme son « porte-plats » (dapifer), c’est-à-dire son sénéchal, tandis que le second est son « bouteiller » (pincerna), fonction assimilée à celle de connétable dans la littérature postérieure : l’importance des deux personnages est donc considérable[54] ; mais comment s’explique-t-elle ? Nécessairement par leur proximité, voire leur familiarité avec le roi, telle qu’elle se manifeste à deux reprises sous la plume de Lifris dans la première vita de Cadoc. Il est en conséquence possible, plausible même, que ce texte ait inspiré Geoffroy, qui donne plusieurs exemples de cette situation privilégiée, notamment dans le Livre X, § 165 de l’HRB, à propos du combat d’Arthur contre le géant, au Mont Saint-Michel, où le roi demande expressément à ses deux compagnons de l’assister. Pour sa part, Lifris avait évoqué ce compagnonnage en des circonstances moins glorieuses :

- Ainsi, comme le souligne Aurell[55], quand il persifle ces « trois héros énergiques » (tres heroes strenui) qui, guettant l’aubaine depuis le sommet d’une colline, tuent le temps en jouant aux dés.

- Ou bien quand il rapporte comment, sur l’ordre de leur maître, Keu et Bédoier, tels de vulgaires « cow boys », sont chargés de récupérer au milieu d’un gué le bétail qu’Arthur avait obtenu à titre de compensation pour la mort de trois de ses chevaliers, tués sept ans auparavant ; dédommagement que le capricieux monarque avait assorti d’exigences insupportables, dont il fut bientôt puni par la justice divine.

 

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B. L’idéologie cléricale et son évolution à l’égard d’Arthur

 

B1. Du portrait de l’antihéros à sa « récupération »

On retrouve bientôt un processus de « récupération » similaire à l’œuvre sous la plume des hagiographes : si, dans la vita de Gildas, Arthur joue encore le rôle de faire-valoir du saint, – car l’on y voit ce dernier pardonner au roi la mort de son frère, évitant ainsi vendetta familiale et guerre civile, et intervenir pour régler le conflit avec Melvas, – ce texte amorce une inflexion assez nette de la tendance qui avait jusque- là prévalu, sans doute pour avoir subi l’influence directe de l’HRB, ou plus vraisemblablement parce que l’ascendant personnel de Geoffroy s’était exercé sur Caradoc. En effet, l’objurgation adressée par l’auteur de l’HRB à celui qu’il appelle son « contemporain » (Karadoco Lancarbanensi contemporaneo meo)[56], désignation rare et ambigüe[57], d’avoir à compléter son œuvre, prend un sens particulier quand on sait que Caradoc, outre avoir révisé la vita de Cadoc en supprimant notamment l’épisode peu glorieux où Arthur envisage le rapt de Gladys[58], était sans doute également, comme il a été dit, l’auteur de la vita d’Iltud, texte qui s’inscrit dans le prolongement immédiat de la parution de l’HRB, puisqu’il présente le saint comme un cousin du roi Arthur, faisant ses premières armes de chevalier à la cour de ce dernier.

 

Au-delà de son extraordinaire postérité littéraire et artistique, l’ouvrage de Geoffroy a véritablement imprégné l’air de son temps ; eu égard aux emprunts considérables qu’il a fait à l’HRB, il est très important de rappeler le propos tenu par Alfred de Beverley vers 1143 : Ferebantur tunc temporis per ora multorum narraciones de hystoria Britonum, notamque rusticiatis incurrebat, qui talium narracionum scienciam non habebat[59] (« À l’époque, tout le monde rapportait les récits de l’Histoire des Bretons et celui qui ne les connaissait pas se taillait une réputation de rustre »)[60]. Cette imprégnation galfridienne se constate en bien des occasions : par exemple, dans le récit du déplacement effectué en Cornwall, en 1113, par les chanoines de Laon, afin de lever des fonds au profit de leur église, les quelques anecdotes relatives à Arthur, telles qu’elles ont été rapportées plus d’une trentaine d’années plus tard par l’auteur de ce « reportage », un certain Herman[61], constituent probablement moins un témoignage sur les faits qui s’étaient déroulés à l’époque, que sur la manière dont l’HRB permettait leur (ré)interprétation ultérieure. Pour faire bref, le personnage d’Arthur existait avant la composition de l’HRB dans un certain nombre de souvenirs topiques dont les hagiographes nous ont transmis la mémoire ; mais c’est Geoffroy qui lui a donné sa « réalité fictionnelle », si je puis tenter pareil oxymore[62].

 

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« Recyclage » de l’HRB et « récupération » du personnage d’Arthur par les hagiographes

On observe que plusieurs hagiographes tardifs ont même, à l’occasion, « recyclé » différents épisodes de l’ouvrage de Geoffroy, ainsi que le revendique expressément l’hagiographe de Goëznou[63] ; mais, à l’exception de cette dernière vita qui a mobilisé beaucoup de leur énergie, la plupart des chercheurs qui se sont intéressés au « corpus hagiographique arthurien ont négligé les textes concernés : ce sont pourtant d’intéressants témoignages sur la manière dont s’est effectuée la « récupération » du personnage par les communautés qui, jusque-là, n’avaient guère témoigné de sympathie à son égard. Appartiennent notamment à cette catégorie la vita de Dubrice [BHL 2340], par Benoît de Gloucester, et celle de Kined [BHL 4664] ; il faut également prendre en compte la vita (perdue) de Ké, à l’origine d’une pièce de théâtre en langue cornique composée au XVe siècle, laquelle n’est plus connue que par des fragments, dont l’un met en scène le roi Arthur et son affrontement avec Mordred : si les indices concernant cette vita sont trop ténus pour pouvoir conclure formellement sur son contenu original, ils sont loin d’être négligeables[64] et justifient conséquemment que l’on procède à une réévaluation de cet hypothétitexte. Ainsi, pour autant qu’on lui intègre les vitae de Goëznou et d’Iltud, le nombre de pièces du corpus hagiographique tardif où apparaît Arthur, s’avère presqu’aussi important que celui des textes antérieurs à l’HRB.

 

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B2. Les ateliers de production hagiographique et leurs « réseaux invisibles »

Réussir à déterminer le milieu, le lieu, l’époque et les circonstances de la composition de ces différents ouvrages, c’est donc se donner les moyens de « tracer » leur circulation et les influences possibles entre écrivains : c’est également pouvoir profiler, sinon identifier les auteurs concernés et, dans le cas présent, mieux comprendre pourquoi ceux-ci ont imaginé les situations dans lesquelles ils ont placé le personnage d’Arthur.

 

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Lifris et Caradoc et le cas de Llancarfan

Le terme de « communauté » s’agissant de Llancarfan paraît mieux adapté que ceux d’abbaye ou de monastère, d’autant que cette communauté importante, dotée d’une école, était de nature canoniale. En conséquence de son rattachement à l’abbaye Saint-Pierre de Gloucester, intervenu vers 1095-1100[65], Llancarfan, outre la perte de son autonomie, avait connu, sensiblement à la  même époque,  un changement de statut ; mais il semble que, même réduit au rang de simple dépendance et désormais constitué en paroisse rurale, le lieu continua de montrer une incontestable vitalité intellectuelle, dont témoignent dans les chartes de l’évêché de Llandaff les mentions d’un personnel destiné à permettre le bon fonctionnement de l’école (magister, doctor, lector). Au nombre de ses membres, il faut compter Lifris, auteur de la première vita de Cadoc et, peut-être, comme il a été dit, de la vita de Carantoc ; fils de l’évêque Herewald, Lifris, au surplus de sa qualité de magister sancti Catoci[66], exerçait les fonctions d’archidiacre de Glamorgan : voilà qui constitue une confirmation indirecte de l’intérêt des prélats de Llandaf pour Llancarfan. A la génération suivante apparaît Caradoc[67], déjà plusieurs fois mentionné, dont la production hagiographique dépasserait largement la seconde vita de Cadoc, la vita de Gildas et probablement celle d’Iltud, puisque la critique actuelle propose de lui attribuer également les vitae de Congar, Gundlée, et Tathée[68] ; ou du moins, si l’on s’en tient à la position plus prudente exprimée jadis par Gilbert H. Doble, suggère-t-on qu’il aurait pu se livrer à un travail de réécriture des ouvrages en question[69]. Eu égard au fait qu’il est l’auteur avéré ou probable de plusieurs vitae de saint qui font intervenir Arthur, dont il donne ainsi à voir différentes facettes, Caradoc, à l’instar de Geoffroy, dont il s’inspire parfois et se sépare souvent, joue donc un rôle important dans le phénomène de mythification arthurienne : Martin Aurell parle même, à propos de ces deux écrivains, d’un « duo » qu’il met en pendant avec celui formé par Guillaume de Malmesbury et Henri de Huntingdon[70]. Enfin, plusieurs chercheurs ont suggéré que le Livre de Llandaff avait peut-être été également compilé par Caradoc[71] : dans le cas où cette hypothèse serait avérée, son rôle dans l’historiographie du Pays de Galles à l’époque médiévale serait alors considérable.

 

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« Réseaux interpersonnels » de saints et « réseaux invisibles » de communautés

 Au-delà des aspects stylométriques qui rappellent leur incontestable parenté littéraire et de la reprise de motifs qui témoignent de leur proximité thématique, les différentes vitae dont il vient d’être question montrent Cadoc et Gildas entretenant de fortes relations réciproques, tandis que Gundlée et Tathée sont respectivement présentés comme le père et le maître de Cadoc. Par ailleurs, la vita d’Iltud raconte comment le saint, cousin d’Arthur et formé à sa cour, ainsi qu’on l’a dit, avait d’abord été engagé en sa qualité de chevalier dans une carrière laïque, puis, sur les encouragements de Cadoc, avait finalement abandonné pour le service de Dieu, celui du roi de Glamorgan, Poulentus ; de son côté, l’hagiographe de Congar, s’il ignore Arthur, met lui aussi aux prises son héros avec Poulentus. De tels réseaux de relations, directes ou indirectes, entre saints apparaissent fréquemment dans la production hagiographique ; mais celui dont je viens de dresser rapidement la cartographie répond, dans sa constitution, à la logique d’un auteur unique qui, autour de son héros principal, en l’occurrence Cadoc, distribue les rôles aux protagonistes des différents épisodes de sa « série » : à cet égard, Arthur ne semble pas vraiment un personnage plus important que les autres. En outre, les « réseaux interpersonnels » de saints correspondent souvent aux « réseaux invisibles », dont a parlé Michel Parisse[72], unissant entre eux de manière plus ou moins informelle des communautés monastiques, canoniales, voire des chapitres cathédraux, autour, par exemple, de la vénération commune à l’égard d’un saint. L’ouvrage de Lifris sur Cadoc se ferait ainsi l’écho des échanges qui s’étaient développés entre Llancarfan et Quimperlé ; mais la seconde vita du même saint par Caradoc a probablement été composée, quant à elle, à l’instigation et à destination des moines de l’abbaye de Gloucester, après que Llancarfan fût entré dans leur patrimoine : à la génération suivante c’est un religieux  de ce monastère, Benoît, qui démarque un texte plus ancien du Livre de Llandaff pour composer son propre ouvrage sur Dubrice, dont il colore les pages d’arthuriana en empruntant plusieurs épisodes à l’HRB[73]. Un autre « réseau invisible » pourrait avoir suscité la composition de la vita de Gildas, dont l’un des objectifs est de magnifier la collection de reliques détenues par l’abbaye de Glastonbury ; à moins que la réputation de Caradoc en tant qu’hagiographe ne fût à son époque si bien établie que de nombreuses communautés étaient enclines à se tourner vers lui pour la composition des vitae de leurs saints respectifs. Dans tous les cas de figure, au-delà de possibles déplacements de ces véritables « professionnels de l’écriture »[74] entre les différentes maisons dont il s’agit, afin notamment d’y recueillir témoignages écrits et oraux, il n’est pas nécessaire, sans pour autant exclure cette possibilité, de supposer que Caradoc par exemple avait quitté Llancarfan pour se faire moine à Glastonbury.

 

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B3. La vita d’Efflam (suite et fin)

Tel qu’il est rapporté par l’hagiographe, l’épisode arthurien de la vita d’Efflam localisé entre Plestin et Saint-Michel-en Grève, pourrait avoir partiellement inspiré celui du combat contre le géant du Mont-Saint-Michel dans l’HRB[75] : à tout le moins d’incontestables rapprochements peuvent-ils être proposés, s’agissant de la topographie, ainsi que Sergent l’a naguère très rapidement évoqué[76], de la toponymie et aussi de ce qui est connu des relations historiques entre les deux lieux :

1)  Dans les deux cas, le paysage est celui d’une large baie (sans proportion commune, bien entendu), dominée par une éminence remarquable (là encore à relativiser, mais de même hauteur originelle), d’un côté le Grand Rocher de Plestin, de l’autre l’ilot célébrissime qui s’élève dans l’estuaire du Couesnon ; à noter au sud-est du Grand Rocher, la présence au lieu-dit Coz Illis (« Vieille Église ») d’un temple romano-celtique, autrefois visible de la mer.

2) Dans les deux cas, la toponymie locale est marquée par le culte de l’Archange : d’un côté Saint-Michel-en-Grève, qui figure déjà sous ce nom (Sancte Mychele Alagrevie) dans la version du Tristan par Eilhart von Oberg (vers 1170/1180), de l’autre le Mont Saint-Michel.

3) Si la ressemblance entre les deux paysages relève de la coïncidence, le patronage michélien local pourrait pour sa part donner à penser que la puissante abbaye du Mont était possessionnée à Saint-Michel-en-Grève ; or il n’en était rien : la dévotion à l’Archange, encouragée par la proximité d’une éminence, peut en conséquence avoir été très ancienne dans les parages. Par contre, la donation en 1086 à ce monastère par Hugo de Sancto Pabutual, évêque de Tréguier, de « la montagne appelée Hyrglas, avec toutes ses dépendances »[77], fut bien à l’origine à Plestin d’un prieuré montois attesté au XIIe siècle, contesté au XIIIe, discuté par la suite jusqu’à son rattachement à un autre établissement dépendant du Mont [78].

 

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Arthur dans la baie du Mont Saint-Michel et sur la grève de Saint-Michel : une même tradition partagée ?

Une chronique rédigée à l’abbaye du Mont dans la seconde moitié du XIe siècle mentionne laconiquement mais explicitement Artus, rex Britannorum fortis et facetus[79]. Puisque les moines étaient dès cette époque possessionnés sur les lieux mêmes où l’hagiographe d’Efflam place l’affrontement entre le « dragon » et Arthur, c’est donc que ce dernier pouvait être au cœur d’une relation réciproque entre les deux sites ; mais il reste à déterminer dans quel sens d’éventuels échanges ont pu intervenir : la nature particulièrement littéraire de la vita et, ainsi que je l’ai souligné, les multiples emprunts de son auteur à des sources classiques montrent que celui-ci avait à sa disposition une riche bibliothèque, laquelle ne pouvait être qu’épiscopale, canoniale ou monastique. J’avais émis en 2005 une hypothèse préconisant que l’hagiographe était peut-être l’évêque Hugo qui entretenait une relation particulière avec Plestin et principalement avec le Grand Rocher ; mais la possibilité que la vita d’Efflam soit plutôt l’œuvre d’un moine du Mont, plestinais lui aussi attendu sa connaissance des lieux, doit être également envisagée[80]. On peut ajouter que la présence d’un toponyme Toubelaine à Plestin rend évidemment compte de l’influence locale des moines du Mont[81]. Au demeurant, il est possible de trancher cette question d’une manière satisfaisante en intégrant le scriptorium épiscopal de Tréguier et celui de l’abbaye des confins brito-normands au sein d’un même « réseau invisible » : l’existence à proximité immédiate de Tréguier d’un culte rendu à l’Archange dès avant l’époque de la rédaction de la vita longue de Tugdual, sans doute dans les premières décennies du XIIe siècle, n’est donc peut-être pas fortuite. Mon regretté ami, Gwenaël Le Duc, parlait du « sinueux parcours des légendes »[82] : cette tortuosité est particulièrement manifeste dans le cas de l’épisode arthurien rapporté par l’hagiographe d’Efflam.

 

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C. En manière d’anti-conclusion

 

C1. Arthur et les hagiographes

L’explication donnée par Merdrignac conserve toute son actualité : si les hagiographes qui ont travaillé avant Geoffroy tendent à présenter Arthur sous un jour qui ne lui guère favorable, c’est que cette tendance, fondée sur l’idée d’une préséance de la sphère du religieux, en particulier dans sa dimension monastique, sur la sphère du profane, s’agissant notamment des pouvoirs détenus par les laïcs, – y compris le pouvoir royal, – a été encouragée par une idéologie cléricale puissante, laquelle était encore sortie renforcée de la réforme grégorienne ; mais les hagiographes font généralement montre d’une grande capacité d’adaptation de leur discours en fonction de l’évolution de leur « marché », comme il se voit dans le cas de la mutation de la figure arthurienne opérée à la suite de la publication de l’HRB.

 

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C2. Arthur et le Pays de Galles

Aussi bien pourrait-on dire d’ailleurs que le personnage d’Arthur ne prend véritablement corps qu’avec l’ouvrage de Geoffroy et grâce à la capacité inventive de cet écrivain, auquel on ne saurait comparer aucun des auteurs ayant parlé d’Arthur avant lui. Les traditions arthuriennes antérieures, plus particulièrement hagiographiques, paraissent avoir concerné les deux Bretagnes ; mais c’est au Pays de Galles qu’elles furent majoritairement mises en forme, pour mettre en valeur les saints régionaux, en réponse peut-être, du moins partiellement, au stimulus de l’invasion normande. Après la publication de l’HRB, c’est encore au Pays de Galles que s’est opéré l’essentiel de la récupération hagiographique d’Arthur, qui n’apparaît sur le continent que dans le résumé assez sec de l’ouvrage de Geoffroy donné par l’hagiographe de Goëznou.

 

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C3. Un héros fondateur chez les Bretons du continent : Conan Mériadec

La Bretagne armoricaine pour sa part a privilégié, en tant que son héros fondateur, Conan Mériadec, largement sorti lui aussi de l’imagination de Geoffroy : la captation successive de ce personnage par les lignées vicomtales de Léon, puis de Rohan lui a assuré tout au long du Bas Moyen Âge, et encore aux Temps Modernes, une célébrité régionale qu’Arthur n’a jamais atteinte.

 

 

 

André-Yves Bourgès



* Cette notule reprend l’essentiel du texte de la communication donnée à Concoret lors des Universités d’été arthuriennes le 15 juillet 2023, enrichi de notes de référence. Pour les aspects méthodologiques et la présentation générale des sources hagiographiques, on se reportera aux deux premières parties du texte de la conférence intitulée « De la Vallée des Celtes à la Vallée des Saints », http://www.hagio-historiographie-medievale.org/2024/06/de-la-vallee-des-celtes-la-vallee-des.html. Les liens internet ont été (re)vérifiés le 19 juin 2024.

[1] Patrick Boucheron, « L’histoire nous aide à devenir libres par rapport à nos certitudes » (Interview), La Vie, n° 4011 (14 juillet 2022), https://www.lavie.fr/idees/histoire/patrick-boucheron-lhistoire-nous-aide-a-devenir-libres-par-rapport-a-nos-certitudes-83290.php : « les gens aiment bien qu’on leur raconte des histoires de pharaons, mais ils aiment encore plus les histoires d’égyptologues. Se mettre en scène comme enquêteur n’est pas narcissique, c’est méthodologique ».

[2] André-Yves Bourgès, « De la vita de saint Cunwal à celles des saints Tugdual, Maudez et Efflam », Trégor vivant. Mémoires offerts à la mémoire de Nicole Chouteau, s.l., 1997, p. 141-151 ; « La production hagiographique du scriptorium de Tréguier au XIe siècle : Des miracula de saint Cunwal aux vitae des saints Tugdual, Maudez et Efflam », Britannia monastica, n°9 (2005), p. 55-80 ; « Une strate trégoroise du mythe arthurien : la vita de saint Efflam », Hagio-historiographie médiévale (décembre 2006), http://www.hagio-historiographie-medievale.org/2006/12/une-strate-trgoroise-du-mythe.html.

 [3] Idem, Le dossier littéraire de saint Goëznou et la controverse sur la datation de la vita sancti Goeznovei [incluant en annexe l'édition de la vita de saint Ténénan], Morlaix, 2020, p. 104-109.

[4] Martin Aurell, La légende du roi Arthur, Paris, 2007, p. 118.

[5] A.-Y. Bourgès, Le dossier littéraire de saint Goëznou, p. 61-101.

[6] Arthur de la Borderie, « Saint Efflam. Texte inédit de la Vie ancienne de ce saint avec notes et commentaire historique », Annales de Bretagne, t. 7 (1892), n°3, p. 279-312.

[7] Gaël Milin, « La légende bretonne de sainte Azénor et les variantes médiévales du conte de la femme calomniée : éléments pour une archéologie du motif du bateau sans voile et sans rame », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t. 67 (1990), p. 303-320.

[8] Idem, « La traversée prodigieuse dans le folklore et l’hagiographie celtique : essai de typologie », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 118 (1989), p. 125-140.

[9] Ms Paris, BnF, fr. 22321, p. 710 : « Cette extravagante légende, que le Père Albert a pris soin d'accompagner de dates précises, est un monument de l'esprit de fable qui a régné vers le XIVe siècle, depuis que les romans du roi Arthur et autres semblables devinrent à la mode. Comme il y avoit en Basse-Bretagne plusieurs saints dont la mémoire étoit vénérable et l'histoire peu connue, il se trouva des gens qui se divertirent à leur bastir de meschants romans, qui parurent d'autant plus beaux qu'ils étoient remplis de choses plus extraordinaires. Et leur extravagance n'empescha pas qu'on ne les fourrast, dans la suite du temps, dans les légendaires ».

[11] Barry Cunliffe et Patrick Galliou, Le Yaudet en Ploulec’h, Côtes-d’Armor. Archéologie d’une agglomération (IIe siècle av. J-C. -XXe siècle apr. J.-C.), Rennes-St-Brieuc, 2015, p. 158-163. Au demeurant, les deux hypothèses ne sont nullement exclusives l’une de l’autre

[13] A.-Y. Bourgès, « Effet de réel et hagiographie : quelques aspects de la question », Hagio-historiographie médiévale (décembre 2019), http://www.hagio-historiographie-medievale.org/2019/12/effet-de-reel-et-hagiographie-quelques_30.html.

[14] A. de la Borderie, « Saint Efflam… », « Saint Efflam… », p. 290-291 (c. 13) : Cœpit sciscitari ab illa quare corio sic conclusa fuisset, et modum hujus navigii et unde genus duceret et quorsum ire pararet.

[15] Bernard Merdrignac, Recherches sur l’hagiographie armoricaine du VIIe au XVe siècle, t. 1 (Les saints bretons, témoins de Dieu ou témoins des hommes ?), s.l. [Saint-Malo], 1985, p. 156.

[17] Ibidem, p. 295 (c. 22).

[18] Ibid., p. 310. L’hypothèse demeure recevable, car elle s’accorde bien avec ce que l’on sait du « contexte de relance de la vie religieuse qui constitue le point le plus positif de ce règne et qui se poursuit durant le demi-siècle suivant », ainsi que l’écrit B. Merdrignac, « Saint Ronan et sa Vie latine », Saint Ronan et la Troménie. Actes du colloque international 28-30 avril 1989, s.l. [Locronan], 1995, p. 156.

[19] A.-Y. Bourgès, « La production hagiographique du scriptorium de Tréguier au XIe siècle : Des miracula de saint Cunwal aux vitae des saints Tugdual, Maudez et Efflam », Britannia monastica, n°9 (2005), p. 55-80.

[20] A. de la Borderie, « Saint Efflam… », p. 284-286 (c. 5,6,7) et 287-288 (c. 9, 10).

[21] Ibidem, p. 286 (c. 7).

[22] Bernard Sergent, « Le dragon hédoniste », Bulletin de la Société de mythologie française, n°193 (4e trimestre 1998), p. 15-35.

[23] Edmond Rébillé, « Le Grand Rocher de Plestin dans la littérature », Trégor, mémoire vivante, n°2 (2e semestre 1992), p. 55-69.

[24] A. de la Borderie, « Saint Efflam… », p. 285 (c. 5)

[25] Ibidem, p. 286-287 (c. 8).

[26] Ibid., p. 287-288 (c. 9).

[27] Outre Ovide, plusieurs auteurs antiques (Cassius Hémina, Cnéius Gellius, Denys d'Halicarnasse, Properce, Tite Live, Valérius Flaccus et par-dessus tout Virgile) ont rapporté cet épisode.

[28] A. de la Borderie, « Saint Efflam… », p. 285 (c. 6).

[29] Jon B. Coe et Simon Young, The Celtic Sources for the Arthurian Legend, Felinfach, 1995, p. 16-43, donnent un accès commode aux différents passages concernés (texte latin sur la page de gauche, avec traduction anglaise en regard).

[30] Ibidem, p. 26, 28, 30, 32, 34 et 36.

[31] Ibid., p. 18 et 20.

[32] Ibid., p. 16 et 18.

[33] Ibid., p. 22, 24 et 26.

[34] Bernard Tanguy, « De la Vie de saint Cadoc à celle de saint Gurtiern », Études celtiques, t. 26 (1990), p. 160-161.

[35] François Duine, Mémento des sources hagiographiques de l'histoire de Bretagne. Première partie :  les fondateurs et les primitifs (du Ve au Xe siècle), Rennes, 1918, p. 118-119, n. 1.

[36] La controverse porte sur le sens de l’échange : en résumant grossièrement les positions, on peut dire que pour A. de La Borderie et Gaston Paris le texte BHL 6480 a été composé au XIe siècle au pays de Galles, à partir de traditions anciennes apportées dans la première moitié du siècle précédent par les Bretons continentaux ; tandis que pour Ferdinand Lot, François Duine et Roger S. Loomis, cette vita a été composée par un Armoricain qui a utilisé la matière d’un texte gallois antérieur.

[37] B. Tanguy, « De la Vie de saint Cadoc à celle de saint Gurtiern », p. 179-180 :  la première vita de Cadoc témoigne de relations avec l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé, dont l’écho est perceptible dans le dossier hagiographique de ce monastère, plus particulièrement en ce qui concerne la vita de Gurtiern ;  mais, hélas, une des pièces essentielles du dossier en question, – à savoir une vita mettant en scène un saint local nommé Catuodus, dont un épisode avait été emprunté par Lifris pour nourrir son propre ouvrage sur Cadoc, – avait disparu avant la compilation du cartulaire de Sainte-Croix,  emportée furtivement au-delà de la Vilaine par un certain Judhuarn, qui était mort sans l’avoir restituée à Quimperlé. Cf. Léon Maître et Paul de Berthou (éd.), Cartulaire de l’abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, 2e édition, Rennes-Paris, 1904, p. 255 : vitam enim illius aliter non tenemus, quia quidam presbiter, Judhuarn nomine, istam provintiam deserens, libellum vite ejus et scriptum ultra Vicennoniam flumen secum furtive abstulit, et ibi, non reddito predicto libello, expiravit. Il serait intéressant de pouvoir vérifier si ce Judhuarn n’était pas un séide de l’abbé de Redon.

[38] La tradition du séjour armoricain de Taliesin à l’abbaye Saint-Gildas de Rhuys rapportée dans la vita de saint Judicaël, était également connue de Geoffroy, lequel en fait mention dans sa vita Merlini ; elle est évidemment d’origine insulaire : son acclimatation à Rhuys est un témoignage des relations entre cette abbaye et quelque monastère du pays de Galles, probablement le grand centre de Llancarfan.

[39] Caroline Brett, Brittany and the Atlantic archipelago, 450–1200. Contact, myth and history, Cambridge, 2021, p. 296.

[40]  Ibidem : le frère de Ieuan, Rhigyfarch, qui avait succédé à leur père Sulien le Sage (Sulgenus Sapiens), sur le siège épiscopal de St Davids est l’auteur de la vita du saint éponyme [BHL  2107].

[41] Jean-Dominique Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, Venise, 1775 (fac-simile, Paris, 1902), t. 20 (1070-1109), col. 931.

[42] A.-Y.  Bourgès, « La Bretagne et les Mérovingiens : le témoignage de la Descriptio reliquiarum de la cathédrale de Vannes ? », Hagio-historiographie bretonne (novembre 2009), http://www.hagio-historiographie-medievale.org/2009/11/12.html.

[43] Idem, « Patern dans la tradition hagiographique bretonne (avec en annexe la transcription des extraits de la vita Paterni contenus dans deux manuscrits régionaux ; révision des textes) », Ibidem (mai 2023), http://www.hagio-historiographie-medievale.org/2023/05/patern-dans-la-tradition-hagiographique.html.

[44] A. de la Borderie, « Saint Efflam… », p. 291 (c. 14).

[45] Traduction empruntée à Magali Coumert, « Les monarchies bretonnes des origines dans les
récits britanniques du IXe siècle », Jean-Christophe Cassard, Elisabeth Gaucher, Jean Kerhervé (éd.), Vérité poétique, vérité politique. Mythes, modèles et idéologies politiques au Moyen Âge. Actes du colloque de Brest, 22-24 septembre 2005, Brest, 2007, p. 129.

[46] F. Lot, « Nouvelles études sur la provenance du cycle arthurien. XI. Arthur en Cornwall », Romania, t. 30 (1901), n°117, p. 3.

[47] A.-Y. Bourgès, « Commor entre le mythe et l'histoire : profil d'un ‘’chef’’ breton du VIe siècle », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 74 (1996), p. 425-426.

[49] A. de la Borderie, « Saint Efflam… », p. 291-292 (c. 15). Sur le fait que le terme provincia, sous la plume de l’hagiographe, désigne le territoire paroissial de Plestin, cf. ibidem, p.  293 (c. 18).

[50] B. Merdrignac, Recherches sur l'hagiographie armoricaine…, t. 2 (Les hagiographes et leurs publics en Bretagne au Moyen Age), s.l. [Saint-Malo], 1986, p. 42-43.

[51] Ibidem, p. 43.

[52] Ms Gand, Bibliothèque universitaire, 92, f. 68r et72v.

[53] Valerie I.J. Flint, « The Historia Regum Britanniae of Geoffrey of Monmouth : Parody and Its Purpose. A Suggestion », Speculum, vol. 54 (1979), n°3, p. 447-468.

[54] Il est évident, comme l’a souligné John S.P. Tatlock, « The English Journey of the Laon Canons », Speculum, vol. 8 (1933), p. 458, que Geoffroy copie à cette occasion l’organisation contemporaine de la cour, dont à l’époque  les offices de sénéchal et de bouteiller constituent toujours les premières charges, même si le rôle de ceux qui les occupent est désormais d’apparat : voir Raymonde Foreville, « Les institutions royales et la féodalité en Angleterre au milieu du XIIe siècle », Revue historique de droit français et étranger, 4e série, t. 24 (1946-1947), p. 99-108.

[55] M. Aurell, La légende du roi Arthur, p. 70.

[56] Michael D. Reeve (ed.) & Neil Wright (trans.), Geoffrey of Monmouth, The History of the Kings of Britain. An Edition and Translation of the De gestis Britonum [Historia Regum Britanniae], Woodbridge, 2007, p. 281.

[57] Voir également Ibidem, p. 143 : compellebant me undique contemporanei mei prophetias ipsius edere, maxime autem Alexander Lincolniensis episcopus. Patrice Marquand, « Le milieu politique et littéraire de la rédaction de la Vita Teliavi: entre rivalités ecclésiastiques et mémoire britonnique », Britannia monastica, n°16 (), p. 59, suppose que ce terme « qui peut avoir le sens courant de ‘’né à la même époque’’ […]… pourrait signifier aussi ‘’mon disciple’’ ou ‘’mon semblable’’ dans un art ou une matière donnée ».

[58] Pour une comparaison entre les deux vitae, voir Jennifer M. Bell, « Lifris, Caradog and Llancarfan in the Early twelfth Century », Proceedings of the Harvard Celtic Colloquium, vol. 37 (2017), p. 50-52.

[59] Thomas Hearne (ed.), Aluredi Beverlacensis Annales sive historia de gestis regum Britanniæ, Oxford, 1716, p. 2.

[60] Traduction empruntée à Martin Aurell, « Le discrédit de l’incroyable histoire de Geoffroi de Monmouth au XIIe siècle », Jean-Philippe Genet (dir.), La vérité. Vérité et crédibilité : construire la vérité dans le système de communication de l’Occident (XIIIe-XVIIe siècle), Paris, 2015, p. 424.

[61] J. B. Coe et S. Young, The Celtic Sources for the Arthurian Legend, p. 46.

[62] Marcelo Marinho, « Raconter sa mort, puis la vivre : ‘’autobiographie irrationnelle’’ chez João Guimarães Rosa ». Études littéraires, t. 48 (2019), n°3, p. 122, évoque la personnalité de cet écrivain « considérée dans sa condition oxymorique de ‘’réalité fictionnelle’’ […] ».

[63] A.-Y.  Bourgès, Le dossier littéraire de saint Goëznou…, p. 104.

[64] Ce texte est mentionné au nombre des sources de sa propre Vie de Ké par Albert Le Grand, lequel en attribue la composition à un certain Maurice, vicaire de Cléder : « escrite en latin d’assez bon style pour le temps », cette vita était alors conservée dans les archives paroissiales du lieu.

[66] Ibidem, p. 300-301.

[67] Ibid., p. 302-303.

[68] Ibid., p. 303

[69] Gilbert H. Doble, « Saint Congar », The Saints of Cornwall. Part Five : Saints of Mid-Cornwall, Oxford, 1970, p. 19.

[70] M. Aurell, La légende du roi Arthur, p. 115.

[71] C. Brett, Brittany and the Atlantic archipelago…, p. 302.

[72] Michel Parisse, Religieux et religieuses en Empire du Xe au XIIe siècle, Paris, 2011, p. 72-86 (Chapitre 5 : « Des réseaux invisibles : les relations entre monastères indépendants »).

[73] J. M. Bell, The development of the saints’ cults and the ecclesiastical landscape of early medieval south Wales, c. 600-1200, thèse de doctorat sous la direction de Huw Pryce, Bangor University, octobre 2022, p. 169-170, permet de comparer la structure de chacune des deux vitae et de mesurer les emprunts à l’HRB. On a parfois identifié Benoît de Gloucester, avec Benedeit, l’auteur du Voyage de saint Brandan ; mais déjà en son temps Edwin George Ross Waters avait montré la fragilité de cette hypothèse : The Anglo-Norman Voyage of St. Brendan / by Benedeit. A poem of the early twelfth century, ed. with introduction, notes & glossary by E.G.R. Waters, Oxford. 1928, p. xxviii-xxix.

[74] Joseph Claude Poulin, « La circulation de l'information dans la Vie ancienne de S. Samson de Dol et la question de sa datation », Lynette Olson (éd.),     St. Samson of Dol and the Earliest History of Brittany, Cornwall and Wales, Woodbridge, 2017, p. 61, utilise cette formule pour désigner les hagiographes.

[75] M. D. Reeve & N. Wright, The History of the Kings of Britain…, p. 225, 227 et 229 (texte latin).

[76] Bernard Sergent, « Le dragon hédoniste », p. 16.

[77] Cyprien Henry, ‘’Cujus diocesis, ejus diplomatica’’ ? Pouvoirs diocésains et diversité des pratiques d’écrit diplomatique en Bretagne 990-1215, thèse de doctorat sous la direction de Laurent Morelle, Paris, École doctorale de l’École pratique des hautes études, janvier 2018, vol. 2, t. 2, p. 2175 : […] montem quendam mei juris et patrimonii perpetuo possidendum qui dicitur Hyrglas cum omnibus appendiciis suis, et decimam meam de quadam terra que¸ vocatur Plegestin, assensu domini mei Gaufredi comitis et omnium fratrum ejus filiorum scilicet comitis Eudonis

[78] René Largillière, « Le Prieuré de Roc'h Hirglas en Plestin », Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, t. 55 (1923), p. 25-34.

[79] Patrologia latina, vol. 202, col. 1323 : la mention est rapportée sous l’année 421. Sur la date de composition de cette chronique, voir Gloria Torres Asensio, Los orígenes de la literatura artúrica, Barcelona, 2003, p. 103.

[80] A.-Y. Bourgès, « Un hagiographe breton au Mont Saint-Michel », Hagio-historiographie médiévale (juillet 2008, révisé le 28 mai 2022), http://www.hagio-historiographie-medievale.org/2008/07/un-hagiographe-breton-au-mont-saint.html.

[81] R. Largillière, « Le Prieuré de Roc'h Hirglas en Plestin », p. 34, n. 1.

[82] Gwenaël Le Duc, « Leoteren et le sinueux parcours des légendes »”, Catherine Laurent, Bernard Merdrignac, « t Daniel Pichot (éd.), Mondes de l’Ouest et villes du monde. Regards sur les sociétés médiévales. Mélanges en l'honneur d’André Chédeville, Rennes, 1998, p. 37–40

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